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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 11:32

Thomas Ponté, auteur de Les parties honteuses, collection Mozaïk, éditions Astobelarra Le Grand Chardon - avril 2014Il partage sa vie entre Hendaye et Pau et publie son premier roman, le bien nommé «Les parties honteuses» chez Astobelarra, le jour du poisson d’avril.
On croirait une blague, n’est-ce pas? Et pourtant, ce livre de Thomas Ponté est une vraie révélation qui a tapé dans l'oeil de notre comité de lecture...

Astobelarra : Pourquoi ce titre ?

Thomas Ponté : D'abord parce que cette vieille expression me plaît. C'est un euphémisme qui en dit long sur le mode de pensée de la société en général ; nos parties, c'est ce qui nous définit en tant qu'être, homme ou femme, mais c'est aussi associé à une idée de puissance ou de faiblesse. Tout nous y ramène en permanence et pourtant ça reste un sujet particulier : parfois tabou, parfois source de plaisanterie. Il n'y a qu'à voir la liste impressionnante de synonymes et expressions figurées qui les nomment... En tant que titre pour ce roman, l'expression prend un sens plus large puisque j'ai voulu également y associer l'anus qui jouit quelque part du même statut. On rigolera toujours plus d'une inflammation des hémorroïdes que d'une otite, non ? C'est ce qu'on retrouve au travers de l'histoire du personnage principal, tiraillé par la honte et les déconvenues ; il se sent écrasé par la vie, insatisfait dans ses envies, et son corps lui-même vient cristalliser ses frustrations. Mais ce qui est vu comme honteux à travers le corps peut aussi être perçu comme une projection de ce qui l'est dans l'esprit.

Astobelarra : Où as-tu été puiser ton inspiration pour ce livre ? 

Thomas Ponté : Dans la nuit et l'alcool. Car ce sont deux facteurs qui transforment les gens. « Les parties honteuses » portent en elles quelque chose de perpétuellement nocturne, de malsain. À part ça, je n'ai pas cherché de « phare », les choses se sont imposées d'elles-même. Mais si je devais pousser la réflexion plus loin je dirais que c'est dans ce que nous sommes tous. D'un point de vue parodique bien sûr. Dans le cliché. Si l'on prend une société en crise, comme c'est le cas en ce moment, on assiste à tout un tas d'aberrations ; les gens se mettent à penser n’importe comment, à se renfermer et à se retrancher derrière des idées toutes faites. C'est un peu le cas des personnages du roman, à la différence près qu'il n'est pas question de problème de société à proprement parler, mais les personnages eux-mêmes vivent comme dans un état de crise permanent. Ils son leurs propres crises et en deviennent grotesques. Mon-con-sur-Glissière est le théâtre de ces crises ; c'est une petite ville essentiellement animée par les débits de boissons où se retrouvent les mon-connois pour s'enivrer. Elle a quelque chose de très grolandais, à commencé par son nom.

Astobelarra : Qu'as-tu cherché à démontrer au travers de cette histoire très cynique et caricaturale? 

Thomas Ponté : L'idée de départ était assez simple : j'ai voulu m'amuser avec des personnages et des situations ridicules, mais j'ai vite été dépassé par les événements de l'histoire. Au fil de la rédaction je me suis rendu compte que je livrais malgré moi une certaine vision de la société ; à savoir qu'une personne, en tant qu'individu, est souvent mue par des instincts primaires. Vouloir plus, mieux, sans être conscient de ce que l'on possède déjà, c'est ce que beaucoup de gens vivent. Et je ne parle pas là d'un aspect matériel. Mais les personnages du roman, et en particulier Karl, ne se rendent pas compte que la vie se construit et n'est pas forcément quelque chose de subi. Ils sont quasiment tous pétris d'a priori et de certitudes, ce qui ne laisse aucune place à l'ouverture d'esprit, et c'est ce facteur qui fait d'eux des personnages caricaturaux. Ils sont entiers et extrêmes dans leurs jugements ; la nuance, le compromis, sont des choses qui les dépassent.

Les parties honteuses par Thomas Ponté, collection Mozaïk, éditions Astobelarra Le Grand Chardon - avril 2014Astobelarra : C'est un livre assez noir, et pratiquement tous les personnages sont habités par la disgrâce... Ça a été facile de les animer ?

Thomas Ponté : Oui, ça a été plutôt facile. Justement en raison de leur nature caricaturale. Les personnages sont pour la plupart assez idiots, étroits d'esprit et souvent violents dans leurs propos. Ce monde qu'ils ne maîtrisent pas ils se l'approprient par la parole et les jugements ; ce sont tous de beaux parleurs mais ils sont si pathétiques et grotesques qu'ils en deviennent presque sympathiques. Jusqu'à un certain point... Je pense que l'on connaît tous une personne qui leur ressemble de près ou de loin ; un ami, un parent ou une simple relation, quelqu'un qui dans une soirée, ou à la fin d'un repas, s'exprime sur un sujet qui le dépasse et finit par installer un malaise. Il prononce un mot plus haut que les autres, un mot qui laisse une vilaine tache que tout le monde garde en mémoire. C'est pourquoi je ne me suis posé aucune limite, ce sont des êtres grossiers et j'ai voulu les peindre grossièrement, avec de grosses ficelles. Ce sont avant tout des personnages de comédie à mon sens.

Astobelarra : Comment a été ressenti ce manuscrit hautement irrévérencieux par ton entourage? 

Thomas Ponté : Très positivement, parce que les personnes en question me connaissent bien et il n'y a donc pas eu de confusion entre mes personnages, qui sont odieux, et moi. On m'a essentiellement parlé de l'humour noir et de l'ambiance glauque du roman, ce qui tombait bien car mon objectif premier était de faire rire le lecteur, mais aussi de lui faire ressentir le malaise du personnage. Les éléments les plus sales (et souvent grotesques) de l'histoire ont fait mouche. Je ne savais pas comment le roman serait perçu et j'ai été agréablement surpris car j'aime par dessus tout faire rire, que ce soit simplement, ou qu'on me dise « t'es horrible ! ». Provoquer un rire mêlé de dégoût. C'est aussi pour cela qu'on retrouve l'idée de honte dans le titre : à chaque fois que j'ai fait lire mon manuscrit à quelqu'un je me suis demandé si le lecteur n'allait pas m'associer aux horreurs qu'on y trouve.

Astobelarra : Qui a réalisé l'illustration de la couverture ?

Thomas Ponté : C'est mon frère, Seb, qui est artiste peintre. Quand les choses ont commencé à se concrétiser je me suis interrogé sur ce qui résumerait le mieux l'histoire. Je ne voulais pas d'une photo, étant plus intéressé par le dessin ; je lui ai donc demandé de me dessiner cette image allégorique dans laquelle on retrouve plusieurs composantes de l'histoire : le slip pour les parties honteuses et les vautours pour l'avidité, le macabre et le tiraillement. Il m'a finalement montré la toile qui a servi pour la couverture, et c'était encore mieux qu'un simple dessin (que j'avais imaginé en noir et blanc) puisque les couleurs renvoient, à mon sens, directement au texte qui est plutôt coloré, voire bariolé.

Astobelarra : Quelle a été la principale motivation qui t'a décidé à publier « Les parties honteuses » ?

Thomas Ponté : Ça n'a pas été évident dès le début ; au départ j'ai voulu me raconter une histoire, juste pour m'amuser ou voir si j'en étais capable, puis j'ai été pris au jeu. Mais au bout de quelques pages je me suis dit « tu te prends pour qui à vouloir écrire un bouquin ? » et j'ai laissé tomber pendant un peu plus de deux ans, ne sachant pas si je continuerais un jour ou s'il fallait tout effacer. Puis un jour, ça a commencé à me chatouiller sérieusement, je ne pouvais pas laisser ça inachevé. Du coup je m'y suis remis jusqu'à une fin qui me satisfaisait. Mais une fois que le travail est achevé il reste une chose sans laquelle il ne sera pas réellement abouti : le faire partager. J'ai connu ça aussi avec la musique ; écrire, composer, enregistrer, c'est très positif et enrichissant, mais tant que le résultat n'a pas été partagé on a l'impression qu'il n'y a rien de fait. Et d'ailleurs c'est souvent une violence qu'il faut se faire. Il arrive toujours un moment où on se dit « pourquoi je suis pas resté pépère dans mon coin ? » alors qu'on sait que c'est nécessaire. Tout ça pour dire que c'est l'envie d'achèvement qui m'a poussé à publier « Les parties honteuses », quels qu’en soient les retours. C'est comme un deuil, mais positif, il faut tourner la page.

Astobelarra : Après ce premier roman, à quoi doit-on s'attendre de la part de Thomas Ponté?

Thomas Ponté : Attendez-vous à quelque chose d'assez différent. Dans la forme du moins... Il y a quelques mois j'ai terminé un deuxième roman (« Essences ordinaires ») qui traite globalement des mêmes thèmes, la frustration, l'échec et les préjugés, mais j'y convoque d'autres moyens. Moins viscéral, plus réflexif, c'est un roman à la première personne dont le pathétique et le comique sont les composantes majeures. On pourrait dire que la matière est plus fine. Ce que j'ai voulu faire avec ce deuxième roman tend davantage vers les jeux de langue, les néologismes et un rire plus « raisonné ». En ce moment je travaille sur un troisième roman qui mettra en scène un des personnages des « parties honteuses » dans un autre contexte et à une autre époque de sa vie. Mais je ne pas en dire plus pour l'instant...

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Published by Astobelarra - dans Collection Mozaïk
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