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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 14:37
Peur de la nature et nature de la peur. (1)

« Cette association a pour but
- d’apporter à la connaissance du public des éléments de réflexion concernant la culture, la nature, les rapports entre l'homme et les autres êtres vivants, particulièrement en Pays Basque et dans les Pyrénées mais également au niveau plus global de la planète Terre et du cosmos.
- de transmettre toutes informations et favoriser toutes formes d'expression concernant ces sujets, par le biais de produits culturels existant déjà ou qui pourront exister un jour. »

Brute de décoffrage, voici plus haut la présentation toute administrative, telle qu’elle a été déclarée à la Préfecture des Pyrénées Atlantiques et publiée au très peu poétique « Journal Officiel », de l’association « Le Grand Chardon » ou « Astobelarra » dans l’une des nombreuses et savoureuses appellations que donne à cette plante l’Euskara, la langue Basque. « J’aime les araignées et les orties parce que tout le monde les hait », écrivait Victor Hugo.

De nos jours, les animaux et les plantes en question ont encore mauvaise presse auprès de nombre de nos concitoyens et concitoyennes. On connaît pourtant de mieux en mieux leur rôle indispensable dans la chaîne des organismes vivants et les plus artistes, les plus sensibles des écolos tremblent d’émotion devant les toiles chefs-d’œuvre des unes, le parfum troublant des autres sous le soleil écrasant du mois de Juillet et l’espoir de papillons Machaon qu’elles représentent. Les chardons, ça pique, vous diront les petits-enfants à qui il arrive de tomber dedans lors de leurs courses folles et de leurs jeux champêtres. Nous parlons là bien entendu des petits-enfants, de plus en plus rares, une espèce en déclin, qui ne s’avachissent pas toute la journée devant l’étrange lucarne-machine à décerveler tandis qu’au dehors les libellules s’extraient lentement de leur gangue de peau morte et, ivres de lumière, les offrent aux roseaux, aux massettes et aux iris d’eau, dans l’espoir secret qu’un jour, de chères têtes blondes agrémentées de charmantes menottes viendront les cueillir et s’en émerveiller. Oui, c’est vrai, ça pique, ces trucs là, diront aussi les dames perchées sur leurs talons compensés. Tout au désespoir de voir leurs bas filer ou bien leurs jambes s’érafler de griffures, ce qui est pourtant le comble de la séduction dans « Le Mas Théotime » d’Henri Bosco, elles accompagnent parfois (ce que c’est qu’être mère !) les petits-enfants, toujours eux, qui tiennent à caresser dans son enclos l’âne si doux et si cher à Francis, le poète d’Hasparren. Et les zommes, que vous diront-ils, les zommes ? Ce sont des durs à cuire, des peaux et des cerveaux tannés, eux ! Ils ne se lamenteront pas pour quelques menues agressions envers leur épiderme ! Ils vous asséneront que le Chardon, quelle que soit son espèce, est une mauvaise herbe dont on se demande bien pourquoi la technique, la chimie, la finance et l’agriculture productiviste triomphante, toutes compétences confondues, n’ont pas encore réussi à la faire disparaître totalement de la planète. Qu’il s’agit bien là d’une putain de saloperie de mauvaise herbe que ces putains de poètes (pédés---- ?, non, ils n’iront pas jusque là---quoique----) et d’intellectuels écolos s’entêtent à nommer « les adventices » ou bien pis encore, « les rudérales ». Non, mais, j’vous jure ! Que ces machins-là, ça ne sert à rien, tant ils sont persuadés, eux, les zommes, qu’ils sont utiles et totalement indispensables à tous, à toutes et à tout. Et nous, que vous dirons-vous ? La réponse est quelque peu incluse dans la question et déchiffrable entre les lignes de tout ce qui précède celle-ci. Non ? Mais nous ajouterons aussi que le Grand Chardon est l’un des plus anciens symboles solaires qui soit, donc par excellence un symbole de Vie, et plus particulièrement encore dans les Pyrénées et au Pays Basque. Qu’hier encore, nous avons assisté de notre fenêtre et dans un coin de prairie ayant échappé pour quelques temps au Karcher de l’agriculture « biodiversitécide », aux acrobaties alimentaires des Chardonnerets qui portent si bien leur nom. Que, entre plusieurs autres appellations vernaculaires, la langue Basque, si ancienne, si belle, si riche, si menacée, lui donne parfois le doux nom d’ « Astobelarra » ou « L’herbe à l’âne ». Oui, car l’âne, symbole d’humilité, de discrétion, de serviabilité, de générosité, de sobriété également et victime de tant de violences, de mépris, de manque de reconnaissance, depuis tant et tant de siècles, se délecte de cette plante aussi piquante que solaire où il puise parfois son énergie.

Persuadés que la culture, la réflexion philosophique, la poésie et les livres sont les meilleurs remparts contre toutes les formes de barbarie totalitaire, même celle qui nous vient de la technique « trou du cul de la science » comme la qualifiait Romain Gary, nous avons choisi de nommer notre association qui enfantera de beaux livres « Le Grand Chardon » « Astobelarra ». En hommage à la nature, celle qui existe en dehors de nous, les êtres humains, comme à notre nature intérieure. En hommage à la Vie dans ce qu’elle a de plus humble et de plus flamboyant, de plus piquant parfois. A la Vie, qui est « probablement ronde » comme le proclamait Vincent le peintre, ténébreux et solaire.

JC Nunbait Euskal Herrian, Lurrean Quelque part en Pays Basque, sur la Terre.
Le 26 Juillet 2006.

(1 )Titre en hommage à François Terrasson, auteur, entre autres, de la peur de la nature », aux Editions Sang de la Terre. 

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Published by Astobelarra - dans Actualité
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